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Titre et auteur :
« Le Fil d'Ariane » Emmanuel d'Hooghvorst

Objet :
Article paru dans la revue Le Fil d'Ariane, n°1, 1977. Résumé du mythe du dédale de Crète «au milieu duquel le sage a caché son sel» ...

Mots clés :
Dédale, labyrinthe, Minos, Minotaure, Pasiphaé, Thésée, fil d'Ariane, Petit Poucet, sel des sages, don divin

Illustration :
Le labyrinthe de Crète et l'histoire de Thésée et Ariane, gravure du 15e siècle.

Hermès

LE FIL D'ARIANE 1

Emmanuel d'Hooghvorst

Mon soin secret en son lien d'or se pense.

Hermès

L'architecte Dédale, personnage mythologique, personnifiait le premier développement des arts de la sculpture et de l'architecture chez les Athéniens et les Crétois. Selon la fable, il vint en Crète où il construisit à Cnossos, pour Minos, roi et législateur de ce pays, le fameux labyrinthe qui porte son nom : le dédale de Crète.

Minos y enferma le Minotaure, monstre mi-homme mi-bête, que son épouse Pasiphaé avait enfanté pour s'être accouplée avec un taureau. Ce Minotaure se nourrissant de chair humaine, Minos avait forcé les Athéniens vaincus par lui à fournir chaque année, en pâture à cet ogre, sept jeunes gens et sept jeunes filles.

Le héros athénien Thésée, muni d'une épée que lui donna Ariane2, fille de Minos et de Pasiphaé, tua le Minotaure. Elle lui avait aussi donné une pelote de laine dont il déroula le fil, ce qui lui permit de sortir facilement du labyrinthe. On pense aux cailloux blancs du Petit Poucet grâce auxquels il sortit de la forêt hantée par l'Ogre des bois.

Dédale et son fils Icare furent eux aussi enfermés en ce lieu, mais s'étant fabriqué des ailes avec des plumes collées à la cire, ils s'envolèrent de leur prison.

Le roi Minos nous rappelle l'origine législative du labyrinthe3 : un dédale au milieu duquel le sage a caché son sel. On n'en peut sortir vainqueur sans cette épée et ce fil qui sont un don divin. Toute la mythologie, elle aussi, est un dédale dont il est impossible de sortir seul4. Il en est de même des textes hermétiques où ont erré vainement bien des chercheurs qui n'en sont jamais revenus5.

Méfions-nous des faux dédales, des sagesses vaines et d'un occulte vide de sens, vide d'Icare non engendré, où l'ange ne vole qu'en rêve.

Mais il y a aussi des restes de l'oeuvre solaire. Ils subsistent encore. Sont-ils des dédales morts ? Il suffirait pourtant d'un fil d'Ariane pour faire refleurir le sel ancien qui s'y trouve caché.


1. On lira avec intérêt : P. de Saint-Hilaire, La Belgique mystérieuse, Rossel, Bruxelles, 1976, et du même auteur, Les Labyrinthes, Rose traversée, Bruxelles, s.d.

2. On peut aussi prononcer « Ariadne » selon le grec. Minos et Pasiphaé eurent deux autres enfants : un fils Androgée et une fille Phèdre.

3. La Torah de Moïse, législateur des Hébreux, a été appelée en grec : nomos, « loi ». Ce terme de « Loi », appliqué à la Révélation mosaïque, a engendré jusqu'à ce jour bien des confusions.

4. Voir Genèse ii, 18.

5. Voir « Le Message Retrouvé », vii, 22', dans L. Cattiaux, Art et hermétisme [œuvres complètes], Beya, Grez-Doiceau, 2005 ; de même, Fulcanelli, Le Mystère des cathédrales, Paris, 1957, pp. 40 et 83, ou Paris, 1964, pp. 63 et 184.