LES NOCES CABALISTIQUES DU ROI 1 À PROPOS DU QUICHOTTE (II, 19 à 21)
Dans la deuxième partie du Quichotte, Cervantès nous raconte l'histoire des « Noces de Camacho, le riche et l'aventure de Basile, le pauvre » 2 dont le contenu traditionnel nous a semblé évident.
Le présent essai a pour objet de proposer au lecteur un commentaire cabalistique de cet épisode, sur base de l'analyse littérale du texte.
Nous nous posons d'emblée la question suivante qui pourrait sembler absurde et hors de propos à la plupart des respectables académiciens cervantistes espagnols :
Cervantès serait-il un cabaliste masqué ? Pouvons-nous affirmer, qu'en réalité, Cervantès nous parle ici des Noces cabalistiques du Roi ? Nous allons essayer de le démontrer.
D'après les recherches du professeur Leandro Rodriguez, publiées dans son livre Don Miguel, judío de Cervantès3, il semblerait que l'auteur du Quichotte ne soit pas né à Alcala de Henares, mais dans le village de Cervantès, près de Sanabria, dans les monts de León. La population juive y était très dense avant l'Inquisition. Cervantès serait donc d'origine juive, fils de parents « convertis » qui cachèrent leur véritable identité, sous le nom du village de leur naissance.
Ceci nous est confirmé par Madame Ruth Reichelberg, professeur à l'université de Bar-Han, près de Tel-Aviv, dans un excellent essai publié en français : Don Quichotte ou le roman d'un juif masqué 4. De par sa formation hébraïque, cet auteur pressent le véritable sens du message de Cervantès.
Nous signalons également que Dominique Aubier, il y a quelques années, avait eut la même intuition 5. La méconnaissance de cette réalité hébraïque dans l'?uvre de Cervantès a rendu la majorité des commentaires des cervantistes depuis le XVIIIe siècle superficiels car ils n'ont pas pu aller au-delà du masque que Cervantès, par une prudence évidente, dut imposer. Étudier la littérature espagnole des XVIe et XVIIe siècles sans tenir compte du phénomène juif, serait ignorer volontairement cette partie intégrante de l'Espagne, à laquelle il faut ajouter l'apport de la culture islamique et de la culture classique propre à la Renaissance, c'est-à-dire l'hermétisme grec. Mais ceci est un autre sujet.
En dépit de la terrible répression décrétée en 1492 et de tous les efforts en faveur de la pureté du sang, la tache est demeurée et c'est précisément ce qui a constitué l'extraordinaire richesse du génie espagnol : trois religions issues d'Abraham, trois cultures, trois langues unies en un même peuple. Qui oserait nier qu'une grande partie de la gloire du Siècle d'Or espagnol existe grâce à cette tache ? Bon nombre de ses plus brillants représentants, n'étaient-ils pas des « convertis », à commencer par le maître Cervantès ? Il faut le reconnaître. C'est aussi l'époque où la langue castillane atteignit sa perfection.
Force est de constater qu'en Espagne, malgré les décrets royaux et l'intolérance inquisitoriale, grâce aux premiers cabalistes chrétiens, il s'opéra à l'insu de tous et comme en secret, une profonde fusion entre le judaïsme et le christianisme, et que celle-ci se répandit postérieurement dans toute l'Europe. Cependant, cette réforme en profondeur, réalisée au sein de l'Église des XIVe et XVe siècles par ses représentants les plus érudits et les plus éclairés, et en majorité « convertis », ne fut pas agréée par la hiérarchie. Peut-être l'Eglise, si elle avait saisi l'occasion de se réformer depuis l'intérieur, aurait-elle évité la révolte des partisans de Luther, certes zélés dans leur lutte contre les abus du clergé, mais hélas peu instruits des mystères de leur tradition ? Sachons que par sa contre-réforme, l'Eglise ne se réforma pas, mais au contraire, elle endurcit son action répressive et se priva de tout ce qui aurait pu l'enrichir.
Au chapitre XXI du premier tome de la première partie, Cervantès, un peu espiègle, fait dire à Sancho :
À la main de Dieu ! s'écria Sancho, je suis vieux chrétien, et pour être comte, c'est tout assez. Et c'est même trop, reprit don Quichotte ; tu ne le serais pas que cela ne ferait rien à l'affaire, car étant moi-même le roi, je puis bien te donner la noblesse sans que tu l'achètes [...].6
Une noblesse que l'argent n'acquiert pas. Alors que Sancho est un vieux chrétien, Don Quichotte de la Mancha dit simplement : « Je suis le roi » (ce qui permet de supposer qu'il n'est pas vieux chrétien) : le chrétien est le domestique et le juif est le maître. C'est l'optique inverse à celle de l'église officielle. Je suis le roi, je suis le cabaliste, celui qui donne l'authentique noblesse au chrétien ; celui-ci ne peut mépriser son fondement hébraïque, car il dépend de lui, tout comme Sancho de Don Quichotte. C'est précisément ce que les chrétiens cabalistes ont fait.
À propos du fondement hébraïque du christianisme, lisons ce que nous dit A. de Nebrija:
Ne consentez pas à ce que les Saintes Lettres soient profanées par des hommes ignorants de tous les beaux-arts. Favorisez les génies. Réhaussez ces deux lumières de notre religion, déjà éteintes, les langues grecque et hébraïque. [...] Cependant, l'autre langue (l'hébreu) est méprisée, et s'ils obtenaient ce qu'ils désirent, très rapidement cette langue ancienne si vénérée, à laquelle ont été confiés les principes de notre religion, se trouverait enveloppée de ténèbres. Ainsi donc, si la lecture des manuscrits hébreux est interdite, s'ils sont portés disparus, s'ils sont dissipés, déchirés ou brûlés, s'ils considèrent les livres des anciens grecs, sur lesquels sont fondées les bases de l'église primitive, d'aucune utilité, nous retournerons inévitablement à ce chaos antique, antérieur aux Ecritures Saintes ; et les hommes, ayant été privés des deux luminaires des Saintes Lettres, seront réduits à tourner en rond dans les ténèbres d'une nuit sans fin.7
C'est précisément du roi que nous allons parler, à propos de cet épisode des noces de Camacho. Le roi c'est, bien sûr, Basile, en grec basileus. Mais avant de tenter un commentaire, il est nécessaire de présenter une esquisse de cette histoire du riche et du pauvre.
Basile, qui vivait dans le même village que les parents de Quiteria,
[...] tomba amoureux de Quiteria dès ses plus tendres années, et la jeune fille le paya de retour par mille chastes faveurs [...]. Ils grandirent tous deux,
et le père de Quiteria décida de marier sa fille au riche Camacho, étant donné que Basile était pauvre. Arrive le jour de la noce, à laquelle vont assister Don Quichotte et son écuyer. La somptuosité de la fête était à la mesure de la richesse du promis : de la musique, des ballets, du théâtre, des danses allégoriques et, quant aux agapes, elles eurent été « assez abondantes pour nourrir une armée ». Voyant tout cela mais surtout en humant toutes ces choses, Sancho resta bouche bée et en admiration devant autant de richesse de Camacho.
Les fiancés, accompagnés du curé et de leurs familles respectives, arrivent. Avant de commencer la cérémonie du mariage, Basile se présente devant Quiteria et lui reproche son ingratitude évoquant leurs fiançailles depuis toujours. Et, pour qu'elle puisse épouser Camacho, il se transperce le c?ur de la pointe en acier de sa canne et s'effondre dans une mare de sang. Moribond, il demande à Quiteria de lui donner sa main d'épouse, afin de mourir en paix et pour qu'elle puisse épouser Camacho. Don Quichotte soutient la requête du blessé et après avoir reçu le consentement de Quiteria, le curé leur donne la bénédiction.
A ce moment, Basile se relève en retirant l'épée ;
[...] il se fit que la lame n'avait point passé à travers la chair et les côtes de Basile, mais par un conduit de fer creux qu'il s'était arrangé sur le flanc, plein de sang préparé auparavant de telle sorte [...].
Les accompagnateurs de Camacho, abusés par le stratagème de Basile, décident de se venger et sortent leurs épées, mais Don Quichotte, « à cheval, la lance en arrêt », s'interposa,
[...] et à haute voix criait : Quiteria était à Basile, et Basile à Quiteria, par une juste et favorable disposition des cieux, car deux êtres que Dieu réunit, l'homme ne peut les séparer, et celui qui voudrait l'essayer aura d'abord affaire à la pointe de cette lance.
Tous furent apaisés et convaincus par les arguments de Don Quichotte :
Camacho voulut que les fêtes continuassent comme s'il se fut marié réellement. Mais, ni Basile, ni son épouse et ses amis ne voulurent y assister. Ils partirent pour le village de Basile accompagnés de Don Quichotte et Sancho qui sentit son âme s'obscurcir, quand il se vit dans l'impuissance d'attendre le splendide festin et les fêtes de Camacho [...] laissant ainsi derrière lui les marmites d'Egypte.
À peine la blanche aurore eût-elle permis au brillant Phébus, de sécher de ses brûlants rayons les perles liquides de ses cheveux d'or [...].
Cervantès semble d'emblée nous signifier quelque chose. Nous lisons dans Le Message Retrouvé 8 : « Quand nous aurons saisi le Seigneur par sa chevelure dorée [...] » ; cet or céleste est la clef de la connaissance et le secret de la Cabale. Le chevalier errant (caballero andante) qui parvient à le saisir, a trouvé la Dame de ses pensées et célèbre ses noces cabalistiques.
[...] quand Don Quichotte secouant la paresse de ses membres, se mit sur pied, il appela son écuyer Sancho qui ronflait encore : en le voyant ainsi, Don Quichotte lui dit avant de l'éveiller :
O toi, bienheureux entre tous ceux qui vivent sur la face de la terre, puisque sans porter envie et sans être envié, tu dors dans le repos de ton esprit ! [...] Dors, dis-je, je le dirais cent autres fois, toi qui n'a point à souffrir d'une veille continuelle à cause de la jalousie de ta dame [...] Le serviteur dort et le maître veille, pensant de quelle manière il pourra le nourrir, améliorer son sort et lui faire merci. L'angoisse de voir le ciel se faire de bronze sans assister la terre de la rosée opportune, n'afflige point le serviteur mais le maître qui doit alimenter, dans la stérilité et la famine, celui qui l'a servi dans l'abondance et la fertilité. A tout cela, Sancho ne répondait mot car il dormait [...].
Sancho, le serviteur, dort : c'est l'homme de ce monde, l'homme charnel ; pendant ce temps, son maître veille, et
[...] la jalousie de sa dame le maintient en veille continuelle.
Le serviteur et son maître ne représentent-ils pas les deux parties de notre composé déchu et provisoire dont il est question dans Le Message Retrouvé, soit la Bête et l'Ange9 ?
Ce n'est point le serviteur mais bien le maître qui est
[...] affligé par l'angoisse de voir le ciel se faire de bronze sans assister la terre de la rosée opportune.
Son affliction vient du fait que le ciel ne fait pas pleuvoir la Bénédiction, et avec Isaïe, il chante :
Cieux, distillez de là-haut votre rosée et que les nuages ruisselent sur le juste ! Que la terre s'entrouvre et fasse germer le sauveur et que la justice naisse également ! Moi, le Seigneur, je crée ces choses (Isaïe XLV, 8).
Il est affligé à cause du bronze qui ne sonne pas ; c'est de bronze que l'on fait les cloches et leur son est comme la voix du Seigneur qui résonne quand il crée le monde, ou autrement dit, au moment de l'union du ciel avec la terre : telle est l'attente de Don Quichotte pendant que l'âne dort.
Le serviteur sert son maître dans l'abondance et la fertilité de ce monde, car il lui donne le support indispensable à sa manifestation. Par contre, le maître se doit de nourrir le serviteur, améliorer son sort et lui faire grâce dans la stérilité et la famine des sens bruts.
Il [Sancho] s'éveilla enfin, en se frottant les yeux, et tournant le visage à droite et à gauche, il dit : du côté de cette ramée, se dégage, si je ne me trompe, un fumet et une odeur bien plutôt de lard rôti que de thym et de serpolet. Sur mon âme, noces qui s'annoncent par de telles odeurs promettent d'être abondantes et généreuses.
Qu'est-ce qui éveille l'homme charnel ? Pour sûr ce n'est pas le parfum de la rosée céleste, mais bien l'odeur du cochon rôti ! Il n'est, certes, pas juif ! Avant de nous faire le récit des festivités et de la cérémonie du mariage, Cervantès nous parle que de Sancho et de son comportement face au splendide banquet préparé par les cuisiniers et cuisinières « qui étaient plus de cinquante ». Cette description occupe plus de deux pages, ce qui semble mettre en exergue le contraste entre Sancho-Camacho d'une part, et Don Quichotte-Basile, de l'autre.
Sancho représente Esaü ; tout comme Sancho ne pense qu'à se remplir la panse, Esaü dit à Jacob : « Laisse-moi donc avaler de ce roux, car je suis épuisé. C'est pourquoi on l'a appelé du nom d'Edom » (Genèse XXV, 30). Quant à Camacho -en hébreu camah signifie beaucoup- d'une certaine manière, il s'identifie aussi à Esaü par ses richesses dans le monde, car Esaü dit : « J'ai beaucoup » (Genèse XXX, 9); et Jacob lui répondit : « J'ai Tout ». Le Tout est l'union du ciel et de la terre des cabalistes. Basile pourra dire la même chose lorsqu'il aura réalisé son mariage. Remaquons que ce fut don Quichotte qui défendit sa cause.
Désormais Sancho, ce rustique, va nous donner son opinion sur les acteurs de cette noce, une opinion conforme à sa plate raison d'homme profane :
Ma foi, répondit Sancho, qu'il fasse ce qu'il voudra. S'il n'était pauvre il épouserait Quiteria. Mais quand on n'a pas un sou vaillant, faut-il vouloir se marier (ou s'élever) dans les nuages ? En vérité seigneur, moi je suis d'avis que le pauvre doit se contenter de ce qu'il trouve, et non chercher des perles dans les vignes10.
Se marier dans les nuages, c'est précisément ce que Basile va réaliser et ce que Camacho, le riche dans ce monde, ne peut faire : se marier avec le ciel. Covarrubias11 dit que « se marier » en espagnol casar vient de casa, c'est-à-dire maison. Se marier c'est faire sa maison, le ciel en sa maison car c'est le ciel terrestre. (En hébreu casar vient de la racine qsr, lier. En effet, Quiteria en hébreu c'est Keter Iah : Keter, la couronne, la première séphira ; Iah c'est Iod, la deuxième séphira, Hochma (sagesse), et Hé, la troisième Binah (intelligence). Quiteria représente les trois premières séphiroths, celle du monde de l'Émanation. Il s'agit du commencement subtil de la cabale, mais pour Sancho, c'est demander quelque chose d'impossible. Il ne faut pas oublier que Sancho est un vieux chrétien, pour qui la cabale est un rêve hérétique des judaïsants.
Qtr est aussi l'encens (le verbe Qtr c'est unir, lier) : la fumée de l'encens qui unit le ciel et la terre. A partir de l'émanation des trois premières séphiroths commence le monde de la création, ou les noces cabalistiques du Roi (Basile) dont la finalité est Malkout, la dernière séphirah ; à cet endroit-là le Roi est dans son royaume.
On peut aussi trouver dans Quiteria la racine arabe Qtr, celle qui pleut, celle qui descend goutte à goutte, ou la rosée céleste dont nous avons parlé. Qitr, c'est le cuivre, Qatr, c'est l'encens.
Citère est un des noms de Vénus qu'à sa naissance, le Zéphir porta sur cette île.
Je gagerais un bras que Camacho peut enfermer Basile dans un sac d'écus. S'il en est ainsi, Quiteria serait bien sotte de repousser les parures et les joyaux que lui a donnés Camacho, pour choisir le talent de Basile à jeter la barre et à jouer du fleuret. [...] C'est sur un bon fondement qu'on peut élever un bon édifice, et le meilleur fondement du monde, c'est l'argent [dinero, en espagnol]».
Le mot dinero vient de dénaire, dont le sens est qui se rapporte ou qui contient le nombre 10, c'est-à-dire la Parole divine.
Sancho cite ici un proverbe, semble-t-il cabalistique, qu'il n'est pas à même de comprendre si ce n'est dans un sens profane ; les perles ne sont, certes, pas pour les cochons. Comment pourrait-il savoir, cet âne, que le meilleur fondement du monde pour élever un bon Edifice, qui est le Temple, c'est le dénaire, autrement dit l'or du Temple ?
Par le Saint Nom de Dieu ! s'écria Don Quichotte, finis ta harangue, Sancho [...].
Les déclarations de Sancho semblent scandaliser don Quichotte, car le dieu de Sancho est sans aucun doute l'argent ; n'admire-t-il pas Camacho à cause de ses richesses et ne méprise-t-il pas le pauvre ? « Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon »12.
C'est alors que commence la fête,
[...] avec des danses composées, et celles qu'on appelle parlantes. C'était une troupe de huit nymphes réparties en deux rangées. L'une de ces rangées était conduite par le dieu Cupidon, l'autre par l'Intérêt. Les nymphes qui suivaient l'amour [...] étaient Poésie, Discrétion, Bon lignage et Vaillance. Celles qui suivaient l'Intérêt étaient : Libéralité, Largesse, Trésor et Possession pacifique [...].
Don Quichotte dit : Il a fort bien emboîté dans la danse les habiletés de Basile et les richesses de Camacho !
Cette réflexion de Don Quichotte met en exergue le contraste entre la rangée guidée par Cupidon, c'est-à-dire les habiletés de Basile, et celle guidée par l'intérêt ou les richesses de Camacho.
Mais quelles sont les habiletés de Basile ? Cupidon guidait :
1. Poésie, du grec poieo, créer, engendrer.
2. Discrétion, du latin discernere, séparer la vérité de l'erreur, le pur de l'impur.
3. Bon lignage, la descendance d'Abraham.
4. Vaillance, force, courage, en latin virtus.
Par contre, les quatre suivantes de l'Intérêt sont en rapport avec les richesses. Covarrubias rapporte que : « l'Intérêt est celui qui ne fait rien gracieusement mais toujours mû par intérêt et profit. L'intérêt est le ver rongeur de la vertu. Notre rédempteur a dit que celui qui thésaurise dans le ciel se prémunit contre le ver rongeur (vermine) »13. L'intérêt humain est, dès lors, opposé à l'amour de Dieu, ou Cupidon.
Je suis le dieu tout-puissant
dans l'air, sur la terre,
et dans la mer profonde,
et sur tout ce que les abîmes renferment
en son gouffre sans fond.
Je n'ai jamais connu la peur;
tout ce que je veux, je le puis,
quand même je voudrais l'impossible ;
et en tout ce qui est possible,
je mets, j'ôte, j'ordonne et je défends.
Je suis celui qui peut plus que l'Amour,
et c'est l'Amour qui me guide;
je suis de la meilleure race
que le ciel entretienne sur la terre,
de la plus connue et de la plus illustre.
Je suis l'Intérêt, par qui
peu de gens agissent bien,
agir sans moi serait grand miracle,
et tel que je suis, je me consacre à toi,
à tout jamais. Amen.
Sancho Panza, qui l'écoutait parler, dit aussitôt : le roi est mon coq, c'est à Camacho que je m'en tiens. On voit bien, Sancho, reprit Don Quichotte que tu es un manant, et de ceux qui disent : vive celui qui vainc !
Le roi est mon coq, c'est à Camacho que je m'en tiens. L. A. Murillo, de préciser :
Dans les combats de coqs, celui qui pariait indiquait sa préférence en disant : celui-ci est mon coq ! Sancho veut dire : celui qui vainc est mon coq et je m'en tiens aux richesses et au pouvoir.
Sancho mise donc sur le mauvais cheval, car ce n'est pas Camacho le roi, ni celui qui vainc, mais Basile (Basileus). Remarquons, nous l'avons vu, que Don Quichotte se présente aussi comme le roi. Nous en déduisons donc que Dulcinée est pour Don Quichotte ce que Quiteria est pour Basile.
Et quand Don Quichotte vit Quiteria,
Il lui sembla réellement que, hormis sa dame Dulcinée du Toboso, il n'avait jamais vu de plus belle créature.
Plus loin, don Quichotte ajoute :
Ecoutez, discret Basile, et c'est l'opinion de je ne sais plus quel ancien Sage, qu'il n'y a dans le monde entier qu'une seule femme bonne [...].
Il est à parier que ce sage dont Cervantès ne veut pas citer le nom est un rabbin cabaliste qui chante les louanges de la Shekinah.
[...] et il conseillait à chacun de penser que cette femme unique était la sienne, afin de vivre ainsi pleinement satisfait.
Cette seule unique femme bonne nous savons qui elle est : Shekinah, en hébreu la Présence divine dans l'homme, ou celle qui réunit les deux qui étaient séparés, c'est pourquoi le Seigneur a dit : « Il n'est pas bon que l'homme soit seul, je lui ferai une aide face à lui ». Sans elle, il n'y a pas de régénération possible pour l'Adam exilé en ce monde.
[...] on voit bien, Sancho, reprit Don Quichotte, que tu es un manant, et de ceux qui disent : vive celui qui vainc ! Je ne sais trop desquels je suis, répondit Sancho ; je sais bien que jamais je ne tirerai des marmites de Basile une aussi élégante écume que celle-ci, tirée des marmites de Camacho. Et en même temps, il fit voir à son maître la casserole pleine de poules et d'oisons. Puis il prit une des volailles et se mit à manger avec autant de grâce que d'appétit.
Les fiancés arrivent accompagnés du curé qui se prépare pour la cérémonie de la bénédiction nuptiale. Se présentent aussi les parents et les amis. C'est à ce moment que l'on voit apparaître
[...] un homme vêtu d'une longue casaque noire [...] [en espagnol : sayo negro].
Basile est venu pour mourir à ce monde-ci et pour renaître dans le monde à venir. Voyons Covarrubias, à propos du sayo :
[...] ceux qui faisaient pénitence publiquement se revêtaient de ces sacs, et se couvraient la tête de cendres. Dans l'Eglise primitive, c'était l'habit de pénitent, et on l'appelait le saco Benedicto [sac béni], que nous appelons aujourd'hui San Benito [Saint Béni], insigne de la Sainte Inquisition, se portant sur la poitrine et sur le dos du pénitent réconcilié.
Il est donc normal que Basile porte le San-Benito ; en tant que cabaliste, il eut certainement des problèmes avec l'inqui-sition.
[...] garnie de bandes de soie cramoisie avec des flammes ».
Ces flammes signifient la purification par le feu. Covarrubias nous dit : « Cramoisi, [en espagnol : carmesí], de l'hébreu karmil, pourpre ».
Il portait sur le front, comme on le vit plus tard, une couronne de funeste cyprès.
C'est l'arbre qui se plante dans les cimetières, c'est-à-dire dans les cendres des ancêtres :
Souvenons-nous que le culte des saints ancêtres complète le culte de Dieu, qui est le vivant d'éternité. Adorons le soleil de vie et ne méprisons pas les cendres des ancêtres.14
Le culte des saints ancêtres qui complète le culte de Dieu est également le culte de son message écrit, de sa Parole qui dit l'Age d'Or ; ils nous l'ont laissé en héritage comme un fidèle Serviteur de Dieu. Hélas ces paroles des ancêtres sont devenues comme cendres, étant mortes dans l'oubli des hommes qui ne savent les revivifier. Le cyprès symbolise la mort par laquelle doit passer le roi, tout comme l'or physique, qui doit se dissoudre dans sa propre substance. La couronne de cyprès fait allusion à la couronne keter qui mortifie avant de vivifier ; et nous pouvons imaginer que ce roi se relèvera avec une couronne de laurier : Covarrubias dit que c'est un « arbre aux feuilles de perpétuelle verdeur et comprenez-le, pour cette raison, consacré à Apollon; c'est pourquoi les poètes désignent, en parlant de lui, une perpétuelle jeunesse et verdeur ». La Bénédiction, Keter, tombe en premier sur les racines de l'arbre, puis s'élève : c'est alors le roi avec sa couronne d'or pur.
[...] Et dans la main un long bâton.
« L'Art nié par la paresse se voit en nature de ce bâton rustique »15, dit E. d'Hooghvorst. Ce bâton pointu dans le sacrifice de Basile, rendra la mesure à ce qui est démesuré ; ce moyen naturel permet l'union du plus haut avec le plus bas.
Il arriva enfin, essoufflé, hors d'haleine, s'avança en face des mariés, et, fichant en terre son bâton qui se terminait par une pointe d'acier [...].
« Fichant en terre son bâton » pourrait indiquer la nature fixe, corporelle et sensible de la Connaissance ou Gnose.
[...] le visage pâle, les yeux fixés sur Quiteria, il lui dit d'une voix sourde et tremblante : « Tu sais bien inconnue (ingrate) Quiteria que suivant la sainte loi que nous professons, tu ne peux, tant que je vivrai, prendre d'époux [...] meure, meure le pauvre Basile.
Que le pauvre meure pour vivre et que le riche vive pour mourir ! je dois donc mourir, c'est-à-dire me sacrifier afin de pouvoir m'unir à toi. C'est ce qu'enseigne la sainte Loi que nous professons en secret : l'allusion à la Torah est ici évidente. Basile, vêtu du San-Benito, professe encore sa sainte Loi, la Torah. Camacho-Ésaü ne professe pas notre Loi, et Ésaü c'est Edom, la Rome chrétienne qui persécute les Juifs, qui veut accaparer la Torah, mais en l'enfermant dans ses rites elle est incapable de la faire fructifier. Les docteurs de l'Église agissent en docteurs de la Loi de Moïse, contre lesquels Jésus en son temps, s'insurgeait :
Malheur à vous, docteurs de la Loi, parce que vous avez pris la clef de la gnose ; vous mêmes n'êtes point entrés, et vous avez empêché ceux qui voulaient entrer ! (Luc XI, 52)
Cette clef est sans aucun doute, le Don de la cabale.
Un autre persécuteur des Juifs est le Pharaon, c'est pourquoi Cervantès, à la fin de l'histoire, fait une allusion aux marmites d'Egypte à propos de celles de Camacho. Et tout comme Moïse s'empara de l'Elohim de Pharaon, lisons `qu'il fit descendre Isis afin de sortir avec son peuple de la terre de servitude et aller vers Canaan, terre d'abondance où coule le lait et le miel', de même Basile s'empare de « la Quiteria de Camacho », et avec les siens, s'en va vers son village (aldea) dit Cervantès.
Covarrubias dit que aldea vient du grec aldaino, alimenter, fortifier, croître, multiplier. Là-bas, en cette pure terre de promission, va croître le Roi, se fortifier et se multiplier jusqu'à sa parfaite maturité dorée.
Le père de Quiteria résolut de donner sa fille en mariage à Camacho, de même qu'Isaac souhaitait transmettre sa bénédiction à Ésaü son premier-né, alors que la bénédiction était pour Jacob. C'est ce que Don Quichotte affirme :
Quiteria était à Basile, et Basile à Quiteria, par une juste et favorable disposition des cieux.
En disant cela, il saisit son bâton, le sépara en deux moitiés, dont l'une demeura fichée en terre, et il en tira une courte épée pour laquelle ce bâton servait de fourreau ; puis, appuyant par terre ce qu'on pouvait appeler la poignée, il se jeta sur la pointe avec autant de promptitude que de résolution. Aussitôt, une moitié de lame sanglante sortit derrière ses épaules [...].
Basile se sacrifie, et moribond, il demande la main d'épouse à Quiteria :
Quand Don Quichotte entendit la requête du blessé, il s'écria à haute voix que Basile demandait une chose très juste, très raisonnable et très faisable en outre, et que le Seigneur Camacho aurait tout autant d'honneur à recevoir la dame Quiteria veuve du valeureux Basile, comme s'il la recevait de son père : ici d'ailleurs, ajouta-t-il, tout doit se borner à un oui qui n'ait pas d'autre effet que celui d'être prononcé, puisque la couche nuptiale de ses noces doit être la sépulture.
Covarrubias cite un proverbe hautement cabalistique : « Mesurée comme une fiancée sur la couche nuptiale ». C'est là que la fiancée trouve la mesure ; donner la mesure à la démesure, c'est la rendre connaissable : la Gnose.
Il est évident que Don Quichotte professe la même Loi que Basile et Quiteria : la sainte, l'unique et mystérieuse Loi du Seigneur d' Amour. Notre gentilhomme sait que le Roi doit mourir, prendre sa vie dans le ciel et la mûrir sur la terre. Que meure le pauvre pour vivre, et que le riche vive pour mourir !
Tandis que Basile et Quiteria se tenaient ainsi les mains, le curé, attendri et les larmes aux yeux, leur donna la bénédiction [...].
Souvenons-nous d'Isaac dupé par le stratagème de Jacob ; c'est lui qui reçut la bénédiction en lieu et place d'Ésaü son frère ; la même chose se produit ici : le curé est trompé et c'est Basile qui reçoit la bénédiction à la place de Camacho.
[...] celui-ci (Basile) n'eut pas plus tôt reçu la bénédiction qu'il se leva avec vivacité,
autrement dit, `il se redressa' ; après la mort, il ressuscite :
Puis Jacob se leva de bon matin, prit la pierre qu'il avait mise à son chevêt, la dressa en colonne et versa de l'huile sur son sommet (Genèse XXVIII, 18).
Le Messie, Mesiah, est celui qui est oint (de Msh, oindre).
Les assistants furent frappés de surprise et quelques-uns plus simples que curieux, se mirent à crier : « Miracle, miracle ! » - Non pas, répliqua Basile, « miracle, miracle », mais « industrie, industrie » !.
Covarrubias affirme : faire quelque chose « avec industrie », c'est faire quelque chose sciemment et à dessein afin que se produise à propos, ce qui aux autres paraît le fruit du hasard ».
Remarquons qu'au cours de toute l'histoire, Camacho ne prononce pas une suele parole, comme s'il eut été muet.
Finalement, le curé et Camacho, ainsi que la plupart des spectateurs, se tinrent pour joués et bafoués [...]. Camacho et ses partisans s'en montrèrent si fort courroucés qu'ils voulurent sur le champ tirer vengeance de cet affront et mettant l'épée dans la main, ils fondirent sur Basile en faveur de qui d'autres épées furent tirées aussitôt. Don Quichotte, prenant l'avant-garde avec son cheval, la lance en arrêt et bien couvert de son écu, se faisait faire place par tout le monde [...] et criait à haute voix : « Arrêtez, Seigneur, arrêtez [...]. Quiteria était à Basile, et Basile à Quiteria, par une juste et favorable disposition des cieux. Camacho est riche ; il pourra acheter son plaisir où, quand et comme il voudra. Basile n'a que cette brebis, personne si puissant qu'il soit, ne devra la lui ravir, car deux êtres que Dieu réunit, l'homme ne peut les séparer, et celui qui voudrait l'essayer aura d'abord affaire à la pointe de cette lance.
Le proverbe espagnol dit : « Cada oveja con su pareja », littéralement « chaque brebis trouve sa paire », à savoir « chacun avec sa chacune », ou « qui se ressemble s'assemble ». S'il fallait trouver encore une preuve en faveur du Don Quichotte-cabaliste- déguisé, il serait aisé de la trouver ici, puisque, par sa harangue, il s'exprime bien comme tel. La parole évangélique rapporte : « [...] que l'homme ne sépare pas ce que Dieu a unit ». Les noces cabalistiques réunissent ceux que l'homme exilé avait séparés16 ; il s'agit du NOM de Dieu réunifié. Nous allons tenter de l'expliquer.
Basile n'a que cette brebis [...].
Une note de l'édition espagnole de L. A. Murillo nous renvoie au chapitre 12 de II Samuel, où il est fait mention de « cette brebis » dont parle Don Quichotte. C'est l'épisode où David fit tuer Urie afin de s'emparer de sa femme Bethsabée. Le prophète Nathan se présente alors chez David et lui fait le récit de la parabole suivante :
Il y avait dans une même ville deux hommes, l'un riche et l'autre pauvre. Le riche avait du petit et du gros bétail en très grand nombre et le pauvre n'avait rien qu'une petite brebis qu'il avait achetée. Il la nourissait et elle grandissait avec lui et avec ses enfants, elle mangeait de son morceau de pain, elle buvait de sa coupe, elle couchait sur son sein, elle était pour lui comme une fille.
Or un voyageur arriva chez l'homme riche et celui-ci s'épargna de prendre de son petit ou de son gros bétail, pour le préparer pour le voyageur arrivé chez lui, mais il prit la brebis du pauvre homme et la prépara pour l'homme qui était arrivé chez lui. La colère de David s'enflamma violemment contre l'homme. [...] Alors Nathan dit à David : « Cet homme, c'est toi ! »
En se référant à cette brebis qui appartient au pauvre, Don Quichotte veut indiquer la similitude entre Quiteria et la femme d'Urie, Bethsabée ; Camacho, le riche, voulait s'approprier Quiteria, de même que David de Bethsabée. En hébreu, c'est Bat Sheva, Bat Eliam, Eshet Uriah (II Samuel XI, 3). Bat Sheva est fille de sept, c'est-à-dire l'Ame du monde, ou Bat Sava, fille de l'abondance ; l'Ame du monde est celle qui enrichit le pauvre dans le monde à venir. Bat Eliam est fille du peuple de mon Dieu : le peuple de mon Dieu c'est la descendance d'Abraham, la fille d'Abraham. Eshet Uriah est l'épouse du Feu de IAH : le doux feu des cabalistes ; ou épouse de la révélation de IAH, c'est-à-dire de l'Ange qui vint visiter Sarah. Cette révélation est aussi celle du NOM divin : « Je serai celui qui sera » (voir Exode III, 14) et en changeant la vocalisation hébraïque, on peut traduire : «Je serai le feu visitant [l'homme], IAH ». Voici, confirmé par Don Quichotte, le sens cabalistique de l'histoire des noces de Camacho.
Ici, par une discrète allusion à « cette brebis » Cervantès lève son masque pour un instant : Quiteria c'est Bat Sheva, l'Ame du Monde, le feu des cabalistes, le fleuve d'or qui secrètement génère, en ce monde, le siècle d'or des Bienheureux.
Après la harangue de Don Quichotte, tous furent apaisés :
Camacho consolé, et la paix rétablie parmi ses hommes, les amis de Basile se calmèrent aussi, et le riche Camacho pour montrer qu'il ne conservait ni ressentiment ni regret, voulut que les fêtes continuassent comme s'il fut marié réellement. Mais ni Basile ni son épouse et ses amis ne voulurent y assister, et ils partirent pour le village de Basile [...].
Nous avons vu le sens du mot aldea,
[...] Ils emmenèrent avec eux Don Quichotte, le tenant pour homme de courage, et comme on dit, de poil sur l'estomac. Le seul Sancho sentit son âme s'obscurcir, quand il se vit dans l'impuissance d'attendre le splendide festin et les fêtes de Camacho, qui durèrent jusqu'à la nuit. Il suivit donc tristement son Seigneur, qui s'en allait en compagnie de Basile, laissant derrière lui, bien qu'il les portât au fond de l'âme, les marmites d'Egypte, dont l'écume presque achevée, qu'il y avait dans la casserole, lui représentait la gloire et l'abondance du bien qu'il perdait ; aussi, ce fut tout pensif et tout affligé, qu'il mit le grison sur les traces de Rossinante.
« Laissant derrière lui les marmites d'Egypte » :
Et toute l'assemblée des enfants d'Israël murmura contre Moïse et Aaron dans le désert. Les enfants d'Israël leur dirent : « Que ne sommes-nous morts de la main du Seigneur au pays d'Egypte, quand nous étions assis devant les marmites de viande, en mangeant du pain à satiété, tandis que vous nous avez fait sortir vers ce désert, pour faire mourir de faim toute cette foule ! (Exode XVI, 2-3).
De même que Sancho est affligé d'abandonner les marmites de Camacho pour suivre son maître Don Quichotte, aussi les enfants d'Israël abandonnent les marmites d'Egypte et, infidèles et incrédules, ils suivent Moïse. Ils ignoraient que pour posséder l'inépuisable abondance de la terre de Canaan ils devaient traverser le désert de la faim après avoir laissé derrière eux l'abondance illusoire de la terre d'Egypte. C'est pourquoi, au début, pendant que Sancho dort, Don Quichotte dit :
Le chagrin de voir le ciel se faire de bronze sans assister la terre de la rosée opportune n'afflige point le serviteur, mais le maître qui doit alimenter, dans la stérilité et la famine (c'est-à-dire du désert) celui qui l'a servi dans l'abondance et la fertilité (c'est-à-dire de l'Egypte).
Il est dit dans le Message Retrouvé :
Celui qui aura supporté sans faiblir la pauvreté et l'abandon pour la gloire de son Seigneur sera un jour comblé des richesses de l'Univers et il sera chargé de distribuer la manne de vie aux croyants charitables et fidèles (XVII, 46').
Le Roi Messie c'est Basile. « Les richesses de l'Univers » sont celles que l'Ame du monde, la Fille de sept, Bat Sheva, Quiteria ou Dulcinée, concède à son amant fidèle.
2. Miguel de Cervantes Saavedra, Don Quijote de La Mancha, XIX, XX et XXI de l'édition espagnole de L.A. Murillo, Clasicos Castalia, Madrid, 1978, vol. II, pp. 178 à 203.
9. Cf. L. Cattiaux, Le Message Retrouvé, op. cit., XXIII-15', 16' et 17' : « Ainsi l'ange, n'étant plus sujet à la bête, pourra demeurer fermement tourné vers le Seigneur et la bête, n'étant plus honnie par l'ange, n'aura plus de révolte ni de vice et le Seigneur pourra nous délivrer sans lutte insensée et sans déchirement de l'une ou de l'autre partie de notre composé déchu et provisoire. Car la bête ira en diminuant dans les ténèbres du monde et l'ange ira se fortifiant dans la lumière de Dieu et la séparation ultime s'accomplira sans déchirement. Beaucoup reviendront à Dieu quand les hommes de Dieu ne s'occuperont plus que des choses de Dieu, c'est-à-dire quand ils laisseront les choses de la bête à la bête et celles du monde au monde. Qui comprendra l'affranchissement que procure l'acceptation intelligente et humble de notre état déchu? Qui comprendra qu'il nous faut regarder d'abord vers notre Seigneur avant de vouloir organiser ou même contenir artificiellement la boue du péché où nous agonisons? »
12. Matthieu VI, 24. S. de Covarrubias, op. cit., nous précise que Mammon est le dieu des richesses.
15. E. d'Hooghvorst, Le Fil de Pénélope t. I, Table d'Emeraude, Paris, 1996, p. 50 : C'est le pieu pointu de Polyphème, avec lequel Ulysse lui rend le sens.
16. Cet enseignement se trouve dans le Zohar i, vaïera, midrache haneelam, fol. 116b, 442 : [...] au moment où la knesset d'Israël fut exilée de son lieu, alors les lettres su saint Nom, si on peut dire, se séparèrent : le he se sépara du vav du Nom du Seigneur. À cause de cette séparation, qu'arriva-t-il ? Il est écrit : « Je me tus, muet, je fis silence, m'éloignant du bien, et ma souffrance fut dans l'affliction » (Psaumes 39,3).